samedi 8 mars 2014

balade in No Man's Land

La première fois que je suis allée à New-York, j'avais 19 ans. La ville était encore dangereuse et sale, l'ancienne NY, celle de Batman, de la pollution et des fusillades nocturnes.

crédit photo : Google images
Je faisais du bénévolat dans une communauté assomptionniste en plein Chelsea. Je me rappelle des journées brûlantes de juillet, les rues sentaient la pourriture, les gens se déplaçaient avec langueur le long des trottoirs jonchés de détritus. C'était les années sida, on se méfiait des rapprochements humains, les premiers piercings arrivaient, généralement accompagnée de tatouages trash. J'ai vu un soir, assise sur un escalier extérieur, mon premier percé-tatoué de partout... aujourd'hui c'est banal, à l'époque, j'ai eu peur :)

Crédit photo : google images
Alors quand j'y retourne aujourd'hui, j'imagine encore ces rues sombres où on attendait de voir débarquer une voiture aux vitres teintées qui ne se baisseraient que quelques secondes, que le temps de vider un chargeur d'automatique sur un groupe, avant de repartir dans une fumée de crissement de pneus.
Mais non, NY est devenue une belle grosse pomme rouge, propre et touristique. On n'y voit plus d'itinérants : tiens d'ailleurs où sont-ils... Ils n'ont certainement pas trouvé de travail.. le "working poor in the inner city" est là plus que jamais. Mais maintenant, il porte un uniforme, duquel on voit dépasser des chaussures basse gamme inconfortable. Il sourit, parce que c'est ce qu'on attend de lui, avant de se coltiner plusieurs heures de transports en commun pour atteindre la banlieue pauvre et inaccessible de cette belle pomme rouge et juteuse... Et je me promène dans ces rues en pensant que je participe à ce grand projet mensonger. On éloigne ceux qui font peur et qui dérangent, on les ghetoïsent un peu plus. Est-ce que les politiciens pensent vraiment qu'en nous les cachant, on en ignore encore l'existence... Quelle type de société accepterait de se départir de sa couche la plus misérable pour vivre son confort sans arrière-pensée et sans culpabilité... Honte à nous qui ne prenons pas soin de nos démunis, de nos enfants et de nos vieux....
New-York est propre et jolie, on ne fume plus dans les parcs, on n'a plus peur la nuit.... Les miséreux sont là le jour pour travailler leur vie, gagner des miettes de pain qui paient leurs aller-retours de la banlieue vers leur lieu de travail. Ils cumulent 2 jobs pour assurer une misère minimale...Et finalement se retrouvent dans une misère sociale acceptée par le reste de la société. Ils sont les sacrifiés de notre mode de vie égoïste et consumériste...
Moi la NY sale et dangereuse, je l'aimais... Elle mélangeait toutes les sphères de la société, les itinérants croisaient les surparfumées de la 5ème avenue.Il y avait de la place pour le rêve, de la place pour le conte de fée... maintenant il n'y en a plus : il y a NY et il y a le reste...

Crédit photo : Google image
On est quand même allées se balader partout à pieds, à chercher des recoins sombres, à s'empreindre de cette ville-histoire, si riche, collective et mondiale... À s'empreindre de la tristesse de ces changements...
Et quand même des photos en noir et blanc, pour rester dans le ton nostalgie :)

Incontournable. Crédit photo : © Fleur Gontard

Bethesda la Magnifique. Crédit photo :© Fleur Gontard

Un moment d'irréalité en pleine ville... Crédit photo : © Fleur Gontard
Magnifique avenue qui longe Central Park. Crédit Photo :© Fleur Gontard
La suite cette semaine, où je vais enfin pouvoir faire ce fameux road trip avec mon amoureux vers l'ancien bâtiments des orphelins Duplessis....

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